24.03.2017

Rallye Aïcha des Gazelle 2017 : Rencontre avec Stéphanie Pérusse

Bleublancrouge est fière d’encourager l’équipe Sahïra du Rallye Aïcha des Gazelles 2017. Nous avons rencontré Stéphanie Pérusse, pilote de l’équipe, quelques jours avant son départ pour en apprendre davantage sur les étapes de préparation à une telle épreuve ainsi que sur ses états d’âme.

Pour l’aventure des Gazelles, comme dans tous les défis, l’aspect de dépassement de soi autant intellectuel que physique a été une énorme motivation. Dans la vie, j’aime les défis et je suis constamment en quête de nouveaux challenges à relever pour me surpasser. Les défis nous donnent l’occasion de confronter nos limites et de grandir tant dans le succès que dans l’échec. C’est le cas du Rallye Aïcha, le rallye féminin hors-piste le plus important et le plus intense qui soit. C’est exactement ce que je recherchais; pas qu’une simple balade, mais bien une compétition sérieuse où seules les meilleures se démarquent. Je verrai bien vite si j’ai visé trop haut ou pas, mais avant tout, j’ai dû me préparer.
Le fait que cette expérience soit très exigeante sur le plan physique est un défi de taille, car passer neuf jours dans le désert et gérer le stress de la compétition ne sont pas des tâches faciles. Les conditions sont intenses et imprévisibles – chaleur le jour, froid la nuit, sable, vent – tout ça peut être épuisant. Par ailleurs, certaines situations, comme nous enliser dans le sable et devoir nous en dégager, nous obligeront à déployer des efforts physiques supplémentaires.

« C’est comme devoir sortir ton auto d’un banc de neige le matin d’une tempête quand tu es en retard pour un rendez-vous important. »
Malgré toutes ces épreuves et l’effort soutenu que j’aurai à fournir, je devrai trouver la force de caractère de toujours recommencer sans me décourager.

L’effort mental représentera, lui aussi, un obstacle majeur. Il nous faudra apprendre à conduire dans des conditions désertiques, en plus de nous orienter sans outils électroniques. Nous devrons également apprendre à nous remettre en question l’une et l’autre sans créer de conflits ni de frustrations. Nous devrons ne faire qu’une… équipe!

Au cours des derniers mois, nous avons dû apprendre à travailler en équipe de façon fusionnelle. Puisque nous sommes un nouveau duo, nous avions, bien entendu, des inquiétudes quant à notre collaboration en situation de stress. Nous sommes donc allées au Maroc pour faire un stage dans des conditions similaires à celles auxquelles nous serons confrontées durant le rallye. Heureusement, l’expérience s’est très bien déroulée! Nous avons une façon similaire de réfléchir et n’avons pas peur de dire les choses telles qu’elles sont. En plus d’être toutes les deux très endurantes physiquement, nous avons une grande force de caractère. Dans l’action, nous nous ressemblons beaucoup.

« Les autres participantes du stage ont été impressionnées par notre franchise et notre manière directe d’aborder les choses. Ça peut paraître drôle, mais nous croyons que c’est ce qui fera la différence lorsque nous vivrons des moments difficiles. »

L’aventure requiert également une préparation plus technique. Nous avons dû transformer légèrement le FJ Cruiser afin de l’adapter aux conditions du rallye. Grâce au soutien de mon père et de mécaniciens spécialisés, nous avons modifié les suspensions, la structure, les entrées d’air ainsi que tout le dessous du véhicule afin de le rendre résistant aux roches, au sable et aux autres obstacles potentiels.
Durant nos six mois de préparation intensive, il a surtout été difficile de « tout » prévoir, plus particulièrement l’équipement que nous voulions inclure dans le camion, qui a quitté le pays en cargo le 9 février dernier. Nous avons adopté la stratégie suivante : passer à travers la liste d’équipement obligatoire d’abord, puis nous inspirer des recommandations des participantes des éditions précédentes. Au total, nous aurons besoin d’équipement mécanique, technique et personnel. Tous les détails de cette préparation peuvent rapidement devenir très prenants mentalement.
Faire preuve de sang-froid et de calme sera indispensable durant le rallye, parce qu’en fin de compte, le véritable défi n’est pas matériel, mais bien mental. Il ne faut pas se décourager, il ne faut pas s’en vouloir ni à soi ni à l’autre et il faut toujours repartir confiante et positive après une épreuve pour entamer l’étape suivante.

« Je suis certaine que nous ne pouvons pas être plus prêtes pour une première édition! J’imagine qu’il faut le vivre pour vraiment comprendre ce que ça représente. C’est comme un premier accouchement : tu sais, mais tu ne sais pas vraiment! »

Pour revenir à la préparation, il nous a aussi fallu distribuer les tâches; je suis donc pilote, et Céline Vega est copilote. Je suis chargée de conduire et de nous mener à bon port saines et sauves, et Céline est responsable de nous diriger et de me donner des instructions en fonction du terrain. Elle doit interpréter les cartes fournies pour repérer le trajet et les balises de la journée. Elle aura parfois à monter sur les dunes pour confirmer qu’il est possible de traverser et que nous avançons dans la bonne direction; chaque mètre compte! De mon côté, je dois m’assurer que notre « troisième coéquipier », le camion, est en parfait état. Les bris mécaniques sont réparés durant la nuit de manière à ce que nous puissions repartir le lendemain. Il s’agit toutefois de tâches « théoriques » ou prévues… on verra ce que la « pratique » nous amènera.
Pendant le rallye, nous devrons nous concentrer sur les tâches essentielles et surtout, faire confiance à l’autre. De plus, lorsque nous aurons des difficultés, nous devrons contre-vérifier les indications de notre partenaire. Finalement, dans les situations qui paraîtront sans issue, nous devrons nous entendre sur une solution pour nous en sortir.
David Bensadoun, nouveau chef de la direction du groupe ALDO, notre commanditaire, et ancien participant à de nombreux rallyes Dakar, nous a donné de précieux conseils. Selon lui, il nous faut un « mot magique », un mot qui signifie « ça suffit, on passe à autre chose » dans toute situation qui peut nuire à l’esprit d’équipe. Si l’une de nous dit ce mot à voix haute, l’autre doit comprendre qu’on doit passer à un autre appel.

« Surtout, il n’y a pas de place pour la rancune. Nous devons apprendre à encaisser en équipe et à nous relever en équipe. Chaque nouvelle journée de course est un nouveau départ et nous donne l’occasion de nous reprendre et de grandir. »

En plus de tous ces défis et toutes ces exigences, ma plus grande préoccupation est que le camion et nous arrivions au Maroc en pleine forme et avec tout ce qu’il nous faut!
Notre objectif est de terminer le rallye et d’être fières de nous; si on gagne, ce sera « la cerise sur le sundae ». Mais ce qui compte vraiment, c’est de s’amuser, de bâtir une relation collaborative solide et de rencontrer d’autres femmes « trippantes », car nous savons qu’il s’agira de neuf jours intenses dont nous garderons des souvenirs pour la vie.
L’équipe Sahïra est accompagnée dans cette aventure par Bleublancrouge, Aldo Racing et Bio-K.